§"Pour un Flirt avec Toi"
_________________________________
Par Myriam Weil
Pix by : Nicolas Dhuez
Pour : Le magasine GLAMOUR
Date : Mois de Février
_________________________________
LES HOSTS
Q uand on pénètre dans le Club Pearl, on est assailli par la musique. Une version instrumentale de Ce rêve bleu, la B.O. d'Aladdin.. A ce détail près, on pourrait se croire dans une boîte de nuit normale, avec son lot de miroirs et de jeux de lumière. Pas grand monde sur le dancefloor, mais sur les banquettes en skaï qui longent les murs, des jeunes gens discutent. Des hommes et des femmes, qui ont l'air d'avoir pas
mal bu et de bien s'amuser. Mais ça ne se passe pas exactement comme ça, au Japon : garçons et filles, qui suivent pour la plupart leur scolarité dans des classes non-mixtes, ne sont pas très à l'aise avec l'autre sexe. Les hommes ne savent pas vraiment aborder les femmes, et beaucoup d'entre elles passent leur jeunesse à se bercer d'illusions. Le Japon est un gigantesque bois pour belles endormies. Il y a bien les dîners organisés dans des restaurants (avec nombre égal de filles et de garçons), où l'on se regarde en chiens de faïence. Les sites de rencontre où l'on se drague cash sans forcément passer à l'acte. Il y a aussi les pots pris entrecollègues à la sortie du bureau, où l'on éponge son stress à coup de saké. Mais pas de soirées dans les apparts (trop petits), pas de flirt inopiné, pas vraiment de rencontres dans les bars de quartier ou les concerts. Ici, la drague n'est pas une activité aisée. Beaucoup de filles attendent qu'on les aborde comme dans une série américaine. Et les garçons, tétanisés, n'osent pas tenter une man½uvre d'approche. De plus en plus de jeunes actives ne se marient d'ailleurs pas. Une fois en couple, ce n'est pas forcément mieux: harassés par les longues heures dans les bureaux et les transports en commun, hommes et femmes préfèrent souvent passer la soirée dans des bars avec des inconnus plutôt qu'à la maison, où ils ne discutent pas (ou peu) avec leur conjoint. Au Club Pearl, les garçons posent et friment. C'est qu'ils doivent en donner pour leur argent aux filles, dont la note s'allonge au fur et à mesure que le petit matin approche. Car si elles sont là pour se divertir, eux travaillent. Leur métier? Tenir compagnie aux filles. Officiellement. En réalité, leur boulot, c'est de créer suffisamment de complicité pour les pousser à consommer de l'alcool. Plus elles boivent, plus ils sont riches... • 1 À 2 MILLIONS DE YENS PAR MOIS
Shunsuke, lori, Tatsuya, Kazuki, Shu, Hikaru et les autres sont -hosts-. Hôtes, donc. Ils arpentent les trottoirs et les quelque cent trente «host clubs» de Kabuchiko, le quartier chaud de Tokyo. Parmi la foule morne des «salarymen» en costume mou, on les reconnaît facilement : coiffure de Dragon BallZ, mèches à faire pâlir d'envie une héroïne de Côte Ouest, costumes à la Elvis période pattes d'eph' et dégaine de yakuzas sauce Tarantino. Dans la rue, entre un karaoké et un fast-food, on les voit draguer les filles, flyers à la main. Sur l'artère principale de Shinjuku, un jeune type flanqué d'une coupe de hard rocker et d'un ceinturon géant tend des coupons pour le Club Universe. Deux mille yens de réduction pour un verre avec Michi, Taiga ou Yuuto, les stars du club. Car dans le petit monde des «hosts» (environ 3000 hommes, de 18 ans à la petite trentaine), il y a les V.I.P. et les grouillots. Les premiers peuvent gagner plusieurs millions de yens par mois. lori, 24 ans, est hôte depuis deux ans. Il a toujours bossé au Pearl. Aujourd'hui, c'est le plus sollicité. Sa méthode? «Je fais le caméléon, je m'adapte aux conversations. Et puis je note dans mon portable les détails concernant mes clientes, leur anniversaire, etc.» Son carnet d'adresses? Une trentaine de clientes régulières, des secrétaires, des standardistes, une infirmière et même des hôtesses d'équivalent féminin des hôtes). D gagne entre 1 et 2 millions de yens par mois, soit 6000 à 12000 euros. Son plan de carrière? Faire ce métier encore quatre ans, puis lancer sa boîte dans les nouvelles technologies. lori a la tête sur les épaules. Contrairement à pas mal d'hôtes qui jouent à la roulette russe avec leur foie toutes les nuits (tous les soirs et tous les matins, en fait, car une loi interdit l'ouverture des clubs entre 1 h et 5 h), il a sa technique pour faire boire les filles sans avaler une goutte d'alcool : «Tous les jours, je dis: "Excuse-moi, je ne suis pas en forme ce soir."» Et pendant qu'elles vident leur cognac ou leur Green 20, un alcool coréen,
il descend des litres de thé. Yushi, lui, débute. Il bosse pour le Jewel, un autre club. Il est dans la rue, dans le froid du matin gris, et il essaie de capter l'attention des passantes. Yushi a 18 ans et encore des traces d'acné, mais préfère dire qu'il vient de fêter son vingtième
anniversaire, «pour ne pas faire
peur aux clientes». Il commence dans le métier, et n'a visiblement pas trouvé le truc pour attirer les filles. Il est tout en bas de l'échelle des hôtes. Comme il n'a pas encore de clientèle, il est préposé au rabattage -interdit en théorie-, et les Japonaises savent qu'il est impossible de se débarrasser des hôtes qui leur adressent la parole. Vaisselle, ménage, tout est bon pour les débutants. Yushi n'a aucun diplôme et veut gagner de l'argent rapidement pour se payer une école de coiffure. Sa famille n'est pas au courant de ses activités.• RECHERCHE COMPAGNIE DÉSESPÉRÉMENT
La famille de Miho sait en revanche parfaitement comment elle occupe ses nuits. «C'est ma mère qui me donne l'argent pour venir ici», explique la jeune fille, 21 ans
et peut-être autant de grammes d'alcool dans le sang. Miho a rassemblé ses cheveux torsadés au fer en couettes, abuse des minauderies enfantines et n'oublie pas sa moue boudeuse, pour mettre en valeur son gloss. Elle porte un vêtement trop court pour être qualifié de short, et des bottes lacées. On dirait Sailor Moon. «Je viens ici dix fois par mois, je dépense 30000 yens (180 euros!) à
chaque fois. Je suis amoureuse de lori, je veux me marier avec lui. » Elle montre une bague en forme de c½ur qu'il vient de lui offrir, du toc. «Je l'adore, il est beau. Il ne fait pas de bisou, mais je n'en ai pas besoin.» Effectivement, Ion n'embrasse pas. «J'ai déjà eu des propositions de clientes, mais je ne cède pas. Quant à mes copines, elles sont jalouses, elles ne comprennent pas. » Car les hôtes, contrairement à ce qu'on pourrait croire, ne sont pas des prostitués. Ils offrent juste à prix d'or présence et petites attentions. C'est ce que dit cette infirmière de 25 ans, qui refuse de donner son prénom: «Ici, j'ai du service. Les hommes japonais ne font rien à la maison. Dans les clubs, les hôtes
sont prévenants. » Du coup, il n'est pas rare que les -office ladies» (les employées de bureau) viennent flamber leur bonus, touché tous les six mois, dans les host clubs. «C'est presque aussi normal et banal que d'aller dans un night-club», explique Yoshi, 26 ans, elle-même office lady. «Moi j'y suis allée une fois. Ça ne m'a coûté que 3000 yens (18 euros) pour une heure. La première fois, ce n'est pas cher, pour appâter les clientes. Beaucoup de filles se font attraper dans la rue, les hôtes les «tchatchent» tellement qu'elles cèdent. Et elles tombent dans le panneau : elles finissent par être amoureuses d'un hôte.» Qui les drague à coup de -Comment ai-je fait pour vivre avant de te connaître?- et autres «Qui a mis ces étoiles dans tes yeux?» Des entrées en matière désuètes, mais si séduisantes pour ces jeunes femmes naïves. Comme Yuki, 22 ans, elle-même hôtesse. Elle fréquente les clubs deux fois par semaine. -Ici, je m'éclate- dit-elle, les yeux embués par l'alcool. Sur la table, à côté de son shot, un livre. Une histoire d'amour à l'eau de rosé entre un hôte et une hôtesse... •L'INDUSTRIE DES BARS À HÔTES
Un magazine bimensuel qui leur est entièrement_
'consacré ( Yukai, vendu 250 yens dans toutes''6''
''les supérettes), des sites Internet où regarder_'''
'''''le palmarès des garçons les plus populaires_''_'
_'du moment (voir, par exemple, www.host2.jp)___
___et plus d'une centaine d'établissements..._____
_'les « host clubs » sont une industrie à Tokyo.__'''
_'''_Lointains descendants des maisons de thé,_''_
'''-où des acteurs de théâtre kabuki vendaient __'''
-_présence et faveurs aux femmes riches, les _-_-
--« host clubs » modernes datent du milieu des4--
--'''années 60. C'est Takeshi Aida, aujourd'hui_-_-
-''- sexagénaire, qui a ouvert l'institution Club Ai__
'''(« Club Amour ») avant d'essaimer une demi-__'
--- douzaine d'autres établissements dans le__-_''
-'''quartier de Shinjuku, et de voir sa bonne idée''
''--4-''--''---copiée par beaucoup d'autres_''___'_--